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THAI GIRL
Un roman d’Andrew Hicks à paraître en 2012
jeudi 24 mars 2011
mardi 14 décembre 2010
Chapitre 1.3
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| © Adrian Callan |
Emma n’avait jamais aimé prendre l’avion, mais elle avait essayé de se faire une raison. Après que Ben eut réservé les vols, elle n’avait plus d’autre choix que de converger vers l’aéroport avec plusieurs centaines d’autres personnes, à présenter son billet et son passeport puis à être dirigée vers l’avion. Son destin pouvait être de mourir dans un horrible enfer ou d’être assise à côté de quelqu’un qui ronfle. Elle allait être parachutée de l’autre côté du globe dans un monde dont elle ignorait tout, son existence rangée se terminant à l’aéroport de Bangkok où une culture complètement différente l’attendait.
Le long mais confortable vol Quantas passa plus vite que prévu, Ben et Emma ayant pu faire un petit somme avant d’atterrir à Bangkok. L’aéroport faisait encore partie du monde qui leur était familier mais, courbaturés et éreintés par plus de vingt heures de voyage, tous deux étaient anxieux et déprimés. Ils firent la queue avant qu’un visa ne soit tamponné sur leurs passeports par un agent taciturne du service de l’immigration ; ce n’était pas encore le « Pays du sourire ». Ils attendirent leurs sacs à dos devant le carrousel, puis ils passèrent la douane et traversèrent le long hall d’arrivée. Faisant face à une mer de Thaïlandais basanés, nombre d’entre eux tenant en l’air une pancarte avec le nom des passagers arrivant, Emma aurait bien eu envie d’être attendue elle aussi ou d’avoir un bon hôtel déjà réservé.
Se retrouvant dans le rugissement du trafic après avoir franchi les portes en verre, ils furent assaillis par l’odeur des égouts et des gaz d’échappement provenant des moteurs diesel et enveloppés par une chape d’air chaud et humide. Il y avait des taxis stationnés en files d’attente et des visages de Thaïlandais partout, les rabatteurs faisant les cent pas et parlant fort. Emma se sentit dépassée et désorientée. Mais tout arriva vite et elle se retrouva, en moins de deux, assise à l’arrière d’un petit taxi Nissan jaune et vert, leurs sacs à dos rangés en lieu sûr dans le coffre. Le chauffeur était souriant et communicatif.
« Khao San Road, OK ? C’est première fois en Thaïlande ?
— Oui, répondit Ben.
— Vous mariés ?
— Non, nous sommes étudiants.
— Farangs riches, pourquoi pas mariés ?
— C’est quoi les Farangs ? demanda Ben en éludant la question.
— Farang comme Européen. Farangs, bons clients… alors bienvenus en Thaïlande ! »
Ce gai chauffeur de taxi, leur premier Thaïlandais, leur fit bonne impression.
La circulation à Bangkok était comme prise de convulsions, le taxi restant immobile dans l’embouteillage pendant une éternité, puis bondissant jusqu’au bouchon suivant.
« Rot dtit, dit le chauffeur de taxi. Il y a des bouchons tous les jours. »
Emma se demanda comment il était possible d’être chauffeur de taxi à Bangkok et de rester sain d’esprit.
Contemplant le paysage urbain qui défilait, elle fut frappée par la taille de la ville, par ces très grands immeubles collés les uns aux autres - du béton gris à perte de vue. Filant à toute allure sur un pont autoroutier, elle pouvait voir le dessus de toits plats encombrés de plantes en pots, de cordes à linge et d’antennes de télé, un peu d’humanité dans un environnement hostile. De gigantesques panneaux publicitaires longeaient la route : « Mitsubishi Motors, Quality in Motion », « Cathay Pacific, the Heart of Asia », « Bridgestone, a Grip on the Future », « Volkswagen », « Panasonic », « Canon », « Pepsi » et « Nissan », que des noms familiers dans un monde globalisé. Ils passèrent ensuite devant des panneaux où les mannequins aux cheveux brillants de Sunsilk regardaient fixement et sereinement le trafic routier là en bas, avec des yeux mondialisés, des yeux qu’Emma ne trouvait pas vraiment asiatiques.
« Khao San Road, OK ? C’est première fois en Thaïlande ?
— Oui, répondit Ben.
— Vous mariés ?
— Non, nous sommes étudiants.
— Farangs riches, pourquoi pas mariés ?
— C’est quoi les Farangs ? demanda Ben en éludant la question.
— Farang comme Européen. Farangs, bons clients… alors bienvenus en Thaïlande ! »
Ce gai chauffeur de taxi, leur premier Thaïlandais, leur fit bonne impression.
La circulation à Bangkok était comme prise de convulsions, le taxi restant immobile dans l’embouteillage pendant une éternité, puis bondissant jusqu’au bouchon suivant.
« Rot dtit, dit le chauffeur de taxi. Il y a des bouchons tous les jours. »
Emma se demanda comment il était possible d’être chauffeur de taxi à Bangkok et de rester sain d’esprit.
Contemplant le paysage urbain qui défilait, elle fut frappée par la taille de la ville, par ces très grands immeubles collés les uns aux autres - du béton gris à perte de vue. Filant à toute allure sur un pont autoroutier, elle pouvait voir le dessus de toits plats encombrés de plantes en pots, de cordes à linge et d’antennes de télé, un peu d’humanité dans un environnement hostile. De gigantesques panneaux publicitaires longeaient la route : « Mitsubishi Motors, Quality in Motion », « Cathay Pacific, the Heart of Asia », « Bridgestone, a Grip on the Future », « Volkswagen », « Panasonic », « Canon », « Pepsi » et « Nissan », que des noms familiers dans un monde globalisé. Ils passèrent ensuite devant des panneaux où les mannequins aux cheveux brillants de Sunsilk regardaient fixement et sereinement le trafic routier là en bas, avec des yeux mondialisés, des yeux qu’Emma ne trouvait pas vraiment asiatiques.
Alors qu’ils fonçaient vers le centre-ville, elle admirait en silence les tours Thai Airways revêtues de verre bleu miroitant ; elle fut surprise aussi de voir de somptueux showrooms Porche et Jaguar. En face d’elle se trouvait le plus grand gratte-ciel qu’elle n’ait jamais vu, le Baiyoke Tower II, avec ses soixante-dix-huit étages, et sur sa droite, les toits de temples Thaïlandais traditionnels qui juraient avec tous ces bâtiments phalliques dédiés au commerce.
Bangkok semblait être une ville d’extrêmes : des bâtiments modernes et rutilants toisant de plus vieux, encrassés et mal entretenus. Son étrangeté lui devint claire alors que le chauffeur de taxi qui passait devant un sanctuaire bouddhiste situé à proximité d’un hôtel de luxe, lâcha le volant, joignit ses mains comme pour prier puis inclina sa tête très bas.
Aussi spectaculaire que lui parut Bangkok, Emma commençait déjà à la trouver carrément effrayante. Cet endroit affreux dans lequel elle allait devoir survivre avec un budget serré était étranger et menaçant. Bien qu’elle se sentît comme dans un cocon dans le taxi et qu’elle soit sur le point de passer des vacances sensationnelles, son estomac était de plus en plus noué ; c’était comme si elle était tout là-haut sur le bout d’un plongeoir, chancelante et en train de regarder l’eau en bas.
Le nœud dans son estomac se resserra davantage lorsqu’elle sortit nerveusement du taxi sur un trottoir de Khao San Road. Son premier coup d’œil enregistra une rue où les guesthouses, les agences de voyage et les cafés se succédaient. De chaque côté, il y avait des magasins et des étalages qui vendaient tout ce dont les routards ont besoin. Elle pouvait voir des tee-shirts de toutes les couleurs et des petits bijoux ethniques, des plats à emporter en vente directement sur des charrettes à bras et partout une foule affairée de voyageurs au look cool.
Se sentant vraiment comme la nouvelle de l’école, Emma mit son sac sur l’épaule et c’est avec appréhension qu’elle partit avec Ben à la recherche d’un endroit où loger. Ils demandèrent une chambre dans trois ou quatre endroits situés dans de petites rues mais ils étaient complets. Elle commençait à être accablée par la chaleur, son dos était endolori par les longues heures passées dans l’avion et par le poids de son sac. La fatigue, la déshydratation, le choc culturel et la peur de ne trouver de place nulle-part se voyaient sur son visage.
Aussi spectaculaire que lui parut Bangkok, Emma commençait déjà à la trouver carrément effrayante. Cet endroit affreux dans lequel elle allait devoir survivre avec un budget serré était étranger et menaçant. Bien qu’elle se sentît comme dans un cocon dans le taxi et qu’elle soit sur le point de passer des vacances sensationnelles, son estomac était de plus en plus noué ; c’était comme si elle était tout là-haut sur le bout d’un plongeoir, chancelante et en train de regarder l’eau en bas.
Le nœud dans son estomac se resserra davantage lorsqu’elle sortit nerveusement du taxi sur un trottoir de Khao San Road. Son premier coup d’œil enregistra une rue où les guesthouses, les agences de voyage et les cafés se succédaient. De chaque côté, il y avait des magasins et des étalages qui vendaient tout ce dont les routards ont besoin. Elle pouvait voir des tee-shirts de toutes les couleurs et des petits bijoux ethniques, des plats à emporter en vente directement sur des charrettes à bras et partout une foule affairée de voyageurs au look cool.
Se sentant vraiment comme la nouvelle de l’école, Emma mit son sac sur l’épaule et c’est avec appréhension qu’elle partit avec Ben à la recherche d’un endroit où loger. Ils demandèrent une chambre dans trois ou quatre endroits situés dans de petites rues mais ils étaient complets. Elle commençait à être accablée par la chaleur, son dos était endolori par les longues heures passées dans l’avion et par le poids de son sac. La fatigue, la déshydratation, le choc culturel et la peur de ne trouver de place nulle-part se voyaient sur son visage.
« Écoute Emm, assieds-toi ici avec les bagages et je vais aller voir tout seul, proposa Ben.
— Et si ça ne me plaît pas ?
— T’inquiète. Nous pourrons toujours changer demain. »
— Et si ça ne me plaît pas ?
— T’inquiète. Nous pourrons toujours changer demain. »
Elle poussa un soupir de soulagement au retour de Ben qui avait fini par trouver une chambre dans un guesthouse miteux. Humide et sentant le moisi, avec des douches et des toilettes communes, au moins c’était tout à fait dans leur budget.
« On s’en fout des cafards de toute façon, dit-il en ouvrant la porte. »
Se sentant vraiment déçue par la Thaïlande, Emma fut consternée par ce qu’elle vit à l’intérieur, mais elle n’osa pas se plaindre. Maintenant il allait falloir tenir le coup jusqu’à la fin de la journée, puis affronter une longue soirée à lutter contre le sommeil. Elle imaginait bien que ça ne serait pas drôle, mais sa première nuit avec Ben à Bangkok ne fut rien moins que désastreuse.
Copyright © Andrew Hicks 2004
Copyright © Éditions GOPE, décembre 2010, pour la version française
« On s’en fout des cafards de toute façon, dit-il en ouvrant la porte. »
Se sentant vraiment déçue par la Thaïlande, Emma fut consternée par ce qu’elle vit à l’intérieur, mais elle n’osa pas se plaindre. Maintenant il allait falloir tenir le coup jusqu’à la fin de la journée, puis affronter une longue soirée à lutter contre le sommeil. Elle imaginait bien que ça ne serait pas drôle, mais sa première nuit avec Ben à Bangkok ne fut rien moins que désastreuse.
Copyright © Andrew Hicks 2004
Copyright © Éditions GOPE, décembre 2010, pour la version française
mardi 7 décembre 2010
Chapitre 1.2
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| © Romain Sauze (www.flickr.com/photos/romainsauze) |
Plus tard cette même nuit, dans leur sordide chambre de guesthouse, Emma sanglotait silencieusement sur son oreiller, s’efforçant de ne pas secouer le lit avec ses convulsions. À côté d’elle, Ben était profondément endormi, ignorant tout de sa détresse. Elle resta allongée sans trouver le sommeil pendant des heures, envisageant le reste de ses vacances en Thaïlande avec appréhension.
Elle se demandait comment elle avait bien pu se laisser convaincre de partir en voyage avec lui, quoique l’idée romantique qu’elle se faisait de la Thaïlande ait dû peser dans sa décision. Elle se remémora son idée préconçue du Siam d’autrefois : un mélange d’images de temples et de montagnes, de plages tropicales, de chariots tirés par des buffles et de riziculteurs en chapeau conique, avec en toile de fond Anna et le Roi. Mais elle avait vite découvert que la réalité était très différente. Bangkok était moderne et matérialiste, rien n’annonçait la chaleur étouffante qui rendait la marche dans les rues bondées difficile et fatigante. Elle se rappela les discussions sur leur projet de voyage en Thaïlande qui avaient commencé quelques mois auparavant, quand elle et Ben avaient été diplômés de l’Université de Sussex sur la côte Ouest de l’Angleterre, mettant soudainement fin à leur vie étudiante. Ben vivait chez ses parents à Hayward Heath et elle chez les siens à Swindon ; tous deux faisaient des heures supplémentaires pour rembourser leurs prêts étudiants et épargner suffisamment pour voyager. Après trois années passées comme cul et chemise à l’université, elle s’était rapidement accommodée d’une relation plus distante entretenue par email et par téléphone ; au moins au téléphone elle pouvait fumer sans écoper de reproches.
Elle se demandait comment elle avait bien pu se laisser convaincre de partir en voyage avec lui, quoique l’idée romantique qu’elle se faisait de la Thaïlande ait dû peser dans sa décision. Elle se remémora son idée préconçue du Siam d’autrefois : un mélange d’images de temples et de montagnes, de plages tropicales, de chariots tirés par des buffles et de riziculteurs en chapeau conique, avec en toile de fond Anna et le Roi. Mais elle avait vite découvert que la réalité était très différente. Bangkok était moderne et matérialiste, rien n’annonçait la chaleur étouffante qui rendait la marche dans les rues bondées difficile et fatigante. Elle se rappela les discussions sur leur projet de voyage en Thaïlande qui avaient commencé quelques mois auparavant, quand elle et Ben avaient été diplômés de l’Université de Sussex sur la côte Ouest de l’Angleterre, mettant soudainement fin à leur vie étudiante. Ben vivait chez ses parents à Hayward Heath et elle chez les siens à Swindon ; tous deux faisaient des heures supplémentaires pour rembourser leurs prêts étudiants et épargner suffisamment pour voyager. Après trois années passées comme cul et chemise à l’université, elle s’était rapidement accommodée d’une relation plus distante entretenue par email et par téléphone ; au moins au téléphone elle pouvait fumer sans écoper de reproches.
Souvent c’était Ben qui décrochait le combiné et l’appelait.
« Salut Emm, comment ça va ? commençait-il toujours d’une voix enjouée.
— J’ai le cafard. Boulot de merde et c’est l’enfer avec mes vieux. Et toi ?
— Des amis de papa m’ont trouvé un super boulot, je fais des enquêtes dans la grand-rue.
— Si seulement Papa avait des amis pareils ! Je suis toujours coincée toute la journée chez Tesco et la nuit je remplis des chopes de bière dans un pub dégueu au coin de la rue, bougonna-t-elle.
— Et à la maison, qu’est-ce qui ne va pas ?
— Rien ne va. Dès que je rentre du travail maman s’y met. Si les assiettes du petit déjeuner sont encore sales, elle pète les plombs… ou quand je reste trop longtemps au téléphone ou sous la douche. Ce genre de conneries.
— C’est tout ?
— Non, ils me font bien sentir que je les déçois parce que je n’arrive pas à me trouver un boulot correct, dit-elle en se lamentant.
— Quelle urgence y a-t-il à se trouver un boulot de toute façon ? Viens plutôt avec moi en Thaïlande… Tu as toujours dit que tu viendrais.
— Ben, je ne suis pas sûre de pouvoir. C’est si difficile de trouver une bonne place et si je pars en vadrouille, ça ne va pas m’avancer.
— Arrête avec ta carrière ! Vis ta vie d’abord !
— Fuir tu veux dire ?
Emma serra le combiné et se mordit la lèvre.
— Emm, te rappelles-tu notre troisième année ?... La seule chose qui nous permettait de tenir le coup, c’était de rêver aux plages paradisiaques de la Thaïlande. Et puis de toute façon, si tu ne viens pas avec moi, qu’est-ce tu vas faire de ta peau ? »
« Salut Emm, comment ça va ? commençait-il toujours d’une voix enjouée.
— J’ai le cafard. Boulot de merde et c’est l’enfer avec mes vieux. Et toi ?
— Des amis de papa m’ont trouvé un super boulot, je fais des enquêtes dans la grand-rue.
— Si seulement Papa avait des amis pareils ! Je suis toujours coincée toute la journée chez Tesco et la nuit je remplis des chopes de bière dans un pub dégueu au coin de la rue, bougonna-t-elle.
— Et à la maison, qu’est-ce qui ne va pas ?
— Rien ne va. Dès que je rentre du travail maman s’y met. Si les assiettes du petit déjeuner sont encore sales, elle pète les plombs… ou quand je reste trop longtemps au téléphone ou sous la douche. Ce genre de conneries.
— C’est tout ?
— Non, ils me font bien sentir que je les déçois parce que je n’arrive pas à me trouver un boulot correct, dit-elle en se lamentant.
— Quelle urgence y a-t-il à se trouver un boulot de toute façon ? Viens plutôt avec moi en Thaïlande… Tu as toujours dit que tu viendrais.
— Ben, je ne suis pas sûre de pouvoir. C’est si difficile de trouver une bonne place et si je pars en vadrouille, ça ne va pas m’avancer.
— Arrête avec ta carrière ! Vis ta vie d’abord !
— Fuir tu veux dire ?
Emma serra le combiné et se mordit la lèvre.
— Emm, te rappelles-tu notre troisième année ?... La seule chose qui nous permettait de tenir le coup, c’était de rêver aux plages paradisiaques de la Thaïlande. Et puis de toute façon, si tu ne viens pas avec moi, qu’est-ce tu vas faire de ta peau ? »
Emma n’avait pas de réponse, ce qui l’irrita encore plus contre Ben et son manque de perspectives de carrière. Avec ses confortables origines de classe moyenne, sa confiance en lui et ses relations familiales, il lui donnait l’impression d’avoir le monde à ses pieds. C’est à ce moment, où étendue sur ce lit à Bangkok et dans l’incapacité de s’endormir, que l’amertume qui couvait en elle remonta à la surface ; la suite de la conversation téléphonique avait été presque prévisible.
« Emm, pourquoi voulais-tu travailler pour Marks & Spencer de toute façon ? C’est à peine mieux que de garnir des rayons, si tu veux mon avis. Et ce truc à la biscuiterie de Swindon, c’était n’importe quoi.
— Je cherchais juste quelque chose de sûr.
— Mais pourquoi faire un boulot que tu n’aimes pas vraiment ?
— Faut bien faire quelque chose.
— Et si ça te branchait pas tant que ça, pourquoi tu t’es pris la tête quand ils ne t’ont pas embauchée ?
— Parce que je suis une ratée aux yeux de Papa… Ça ne s’arrangera pas si je me tire en Thaïlande avec toi, dit-elle plaintive.
— Voyage d’abord ! Quand tu reviendras, il y aura toujours du droit, de la comptabilité, des banques d’affaires…
— Peut-être pour toi… avec ta famille qui a ses entrées.
— C’est des conneries, Emm et tu le sais bien !
Manquant d’assurance et s’apitoyant sur elle-même, Emma essaya toutefois de ne pas paraître trop faible.
— C’était la belle vie jusqu’à maintenant, dit-elle, mais mes parents ne m’aident plus… depuis que j’ai mon diplôme je dois me débrouiller par moi-même. Et ils n’arrêtent pas de me dire “ alors, dans quoi veux-tu faire carrière Emma ? ” Mais comment est-ce que je sais ce que je veux faire de ma vie ?
— Continue à chercher et tu finiras par tomber dessus, dit Ben.
— Avec ma licence en sociologie avec mention “assez bien” ? Tu rigoles ou quoi ?
— Faut que tu croies en toi Emm, tu n’es pas si nulle que ça.
— Parfois je te déteste vraiment Ben.
— Et moi, je déteste tes sautes d’humeur. »
— Je cherchais juste quelque chose de sûr.
— Mais pourquoi faire un boulot que tu n’aimes pas vraiment ?
— Faut bien faire quelque chose.
— Et si ça te branchait pas tant que ça, pourquoi tu t’es pris la tête quand ils ne t’ont pas embauchée ?
— Parce que je suis une ratée aux yeux de Papa… Ça ne s’arrangera pas si je me tire en Thaïlande avec toi, dit-elle plaintive.
— Voyage d’abord ! Quand tu reviendras, il y aura toujours du droit, de la comptabilité, des banques d’affaires…
— Peut-être pour toi… avec ta famille qui a ses entrées.
— C’est des conneries, Emm et tu le sais bien !
Manquant d’assurance et s’apitoyant sur elle-même, Emma essaya toutefois de ne pas paraître trop faible.
— C’était la belle vie jusqu’à maintenant, dit-elle, mais mes parents ne m’aident plus… depuis que j’ai mon diplôme je dois me débrouiller par moi-même. Et ils n’arrêtent pas de me dire “ alors, dans quoi veux-tu faire carrière Emma ? ” Mais comment est-ce que je sais ce que je veux faire de ma vie ?
— Continue à chercher et tu finiras par tomber dessus, dit Ben.
— Avec ma licence en sociologie avec mention “assez bien” ? Tu rigoles ou quoi ?
— Faut que tu croies en toi Emm, tu n’es pas si nulle que ça.
— Parfois je te déteste vraiment Ben.
— Et moi, je déteste tes sautes d’humeur. »
Peu habituée à la chaleur humide de la nuit tropicale, Emma était en nage. Elle se remémora ensuite cette fois où Ben l’avait appelée pour lui dire :
« Ma sœur n’a que seize ans, mais le barman ne lui a même pas demandé son âge !
Il était fier d’avoir emmené pour la première fois sa petite sœur au pub local et il y avait quelque chose dans leur complicité qui la mettait vraiment hors d’elle.
— Ça te plaît bien… de jouer au grand frère, n’est-ce pas ? dit Emma en se renfrognant au téléphone. Mais pour moi qui suis la cadette, c’n’est pas si génial que ça, je peux te le dire. Maintenant que Kate est mariée et partie, c’est moi qui prends.
— Comme par exemple ?
— Comme pour l’heure des repas. Maman dit : “ Quand rentreras-tu dîner ? ” ou “ Qu’est-ce tu veux manger ? ” Ça me rend dingue.
— J’n’vois pas où est le problème.
— Elle le fait pour me provoquer… On dirait qu’elle veut tout contrôler.
— Je ne te suis pas, dit-il paraissant surpris.
— Elle fait une affaire pour trois fois rien et elle veut que je m’ajuste sur son emploi du temps. Ça me prend la tête. Puis elle dit : “ Emma, c’est quand la dernière fois que tu as fait la cuisine ou les courses ? Tu ne sors jamais les poubelles Emma ” et “ Tu t’es occupée de la caisse du chat Emma ? ”
— Les parents disent tous des trucs comme ça, dit Ben.
Emma l’ignora et continua.
— Il y a aussi ce qu’elle ne dit pas. C’est le bordel dans ma chambre, mais elle n’ose pas me dire de la ranger… Elle se contente de venir et de fouiner, violant mon espace personnel.
— Voyons Emm, c’n’est pas si mal d’être à la maison.
— Je déteste. Je me sens prise au piège.
— Alors tu ferais mieux de venir avec moi en Thaïlande, dit-il d’un ton triomphant.
— La ferme Ben et écoute-moi bien. Pourquoi est-ce que ça ne te travaille pas de savoir ce que tu feras quand tu rentreras ?
— Facile ! Je vais d’abord voyager et m’éclater ; ensuite, je penserai à ma carrière. Chaque chose en son temps.
Ses réponses faciles l’ennuyaient, surtout quand il refusait de voir que leur liaison était à un tournant.
— Écoute Ben, mon problème avec la Thaïlande ce n’est pas qu’une question de carrière… c’est aussi à cause de nous.
— À cause de nous, pourquoi ?
— Maintenant que nous en avons fini avec la fac, qu’allons-nous faire ? Voyager ensemble ou en rester là ?
— J’n’avais pas vraiment vu les choses comme ça, dit-il évasivement.
— Mais pourquoi pas, ballot ?
Elle prit son briquet et alluma une cigarette.
— J’ne sais pas Emm. Tout ce que je sais, c’est que nous nous étions promis de faire ce voyage. Ça te branchait autant que moi.
— Mais maintenant, c’est plus compliqué. Tu ne m’aides pas… et je subis tellement de pression de Papa et de Maman pour ne pas y aller.
— Ma famille est d’accord pour ce voyage… ils pensent que c’est une très bonne idée.
— À ça bien sûr ! Le petit chouchou à sa maman !
Elle tira avec colère sur sa cigarette.
— Vas te faire voir ! Et ne recommence pas avec ça, dit Ben.
— Non, non, c’est juste que je ne suis plus sûre d’avoir encore envie de venir avec toi.
— Et pourquoi pas ? répondit-il d’un air blessé.
— Parce que je ne sais plus où j’en suis avec toi… Désolée, mais il fallait que je te le dise.
— Emm, s’il te plaît, ne me laisse pas tomber maintenant, implora-t-il. Peut-être que ça permettra de nous retrouver.
— Mais il faut d’abord que je réussisse quelque chose ici, dit-elle. Cependant, si je n’arrive pas à me trouver un boulot correct… j’imagine que j’irai avec toi en Thaïlande. »
« Ma sœur n’a que seize ans, mais le barman ne lui a même pas demandé son âge !
Il était fier d’avoir emmené pour la première fois sa petite sœur au pub local et il y avait quelque chose dans leur complicité qui la mettait vraiment hors d’elle.
— Ça te plaît bien… de jouer au grand frère, n’est-ce pas ? dit Emma en se renfrognant au téléphone. Mais pour moi qui suis la cadette, c’n’est pas si génial que ça, je peux te le dire. Maintenant que Kate est mariée et partie, c’est moi qui prends.
— Comme par exemple ?
— Comme pour l’heure des repas. Maman dit : “ Quand rentreras-tu dîner ? ” ou “ Qu’est-ce tu veux manger ? ” Ça me rend dingue.
— J’n’vois pas où est le problème.
— Elle le fait pour me provoquer… On dirait qu’elle veut tout contrôler.
— Je ne te suis pas, dit-il paraissant surpris.
— Elle fait une affaire pour trois fois rien et elle veut que je m’ajuste sur son emploi du temps. Ça me prend la tête. Puis elle dit : “ Emma, c’est quand la dernière fois que tu as fait la cuisine ou les courses ? Tu ne sors jamais les poubelles Emma ” et “ Tu t’es occupée de la caisse du chat Emma ? ”
— Les parents disent tous des trucs comme ça, dit Ben.
Emma l’ignora et continua.
— Il y a aussi ce qu’elle ne dit pas. C’est le bordel dans ma chambre, mais elle n’ose pas me dire de la ranger… Elle se contente de venir et de fouiner, violant mon espace personnel.
— Voyons Emm, c’n’est pas si mal d’être à la maison.
— Je déteste. Je me sens prise au piège.
— Alors tu ferais mieux de venir avec moi en Thaïlande, dit-il d’un ton triomphant.
— La ferme Ben et écoute-moi bien. Pourquoi est-ce que ça ne te travaille pas de savoir ce que tu feras quand tu rentreras ?
— Facile ! Je vais d’abord voyager et m’éclater ; ensuite, je penserai à ma carrière. Chaque chose en son temps.
Ses réponses faciles l’ennuyaient, surtout quand il refusait de voir que leur liaison était à un tournant.
— Écoute Ben, mon problème avec la Thaïlande ce n’est pas qu’une question de carrière… c’est aussi à cause de nous.
— À cause de nous, pourquoi ?
— Maintenant que nous en avons fini avec la fac, qu’allons-nous faire ? Voyager ensemble ou en rester là ?
— J’n’avais pas vraiment vu les choses comme ça, dit-il évasivement.
— Mais pourquoi pas, ballot ?
Elle prit son briquet et alluma une cigarette.
— J’ne sais pas Emm. Tout ce que je sais, c’est que nous nous étions promis de faire ce voyage. Ça te branchait autant que moi.
— Mais maintenant, c’est plus compliqué. Tu ne m’aides pas… et je subis tellement de pression de Papa et de Maman pour ne pas y aller.
— Ma famille est d’accord pour ce voyage… ils pensent que c’est une très bonne idée.
— À ça bien sûr ! Le petit chouchou à sa maman !
Elle tira avec colère sur sa cigarette.
— Vas te faire voir ! Et ne recommence pas avec ça, dit Ben.
— Non, non, c’est juste que je ne suis plus sûre d’avoir encore envie de venir avec toi.
— Et pourquoi pas ? répondit-il d’un air blessé.
— Parce que je ne sais plus où j’en suis avec toi… Désolée, mais il fallait que je te le dise.
— Emm, s’il te plaît, ne me laisse pas tomber maintenant, implora-t-il. Peut-être que ça permettra de nous retrouver.
— Mais il faut d’abord que je réussisse quelque chose ici, dit-elle. Cependant, si je n’arrive pas à me trouver un boulot correct… j’imagine que j’irai avec toi en Thaïlande. »
C’est à Khao San Road, n’arrivant pas à dormir et en écoutant les bruits de la ville, qu’Emma comprit que sa décision avait été prise par défaut ; ce n’était pas du tout une décision. Pour couronner le tout, la Thaïlande de rêve qui l’avait finalement convaincue de faire le voyage avec lui ne s’était pas du tout manifestée pour l’instant.
À suivre …
Copyright © Andrew Hicks 2004
Copyright © Éditions GOPE, décembre 2010, pour la version française
Copyright © Andrew Hicks 2004
Copyright © Éditions GOPE, décembre 2010, pour la version française
samedi 4 décembre 2010
Chapitre 1.1
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© StickmanBangkok |
« Eh ! Emm ! Qu’est-ce qu’elles ont fait de leurs petites culottes ? J’aurais juré qu’elles étaient en petite culotte il n’y a pas cinq minutes, cria Ben pour se faire entendre dans le vacarme fait par la musique, le regard toujours rivé sur les filles.
— Bourrées dans leurs bottes, répondit Emma en hurlant.
— Je n’y ai vu que du feu, persifla-t-il. Regarde ! Elles sont toutes en tenue d’Ève maintenant ! »
— Bourrées dans leurs bottes, répondit Emma en hurlant.
— Je n’y ai vu que du feu, persifla-t-il. Regarde ! Elles sont toutes en tenue d’Ève maintenant ! »
Dans un bar à gogo de Bangkok, une douzaine de Thaïlandaises étaient en train de tournoyer apathiquement autour de barres verticales chromées. Assis tout près, sur des sièges en plastique rose, Emma et Ben regardaient, n’en croyant pas leurs yeux. En tee-shirt et pantalon ample à grandes poches latérales, ils avaient l’allure typique des routards. Ben, grand, blond, les yeux bleus ; Emma, soigneusement maquillée, ses cheveux noirs attachés en une jolie queue-de-cheval à l’arrière. Venant juste d’arriver en Thaïlande, leur teint pâle tranchait avec la peau dorée des danseuses qui ne portaient maintenant rien d’autre que des cuissardes et sur leur visage une expression d’indifférence.
« Ça doit faire drôle à un type bien comme toi, Ben… tout cet étalage de viande, dit Emma.
— Je pense que je devrais pouvoir m’y faire, merci, répondit-il en se fendant d’un large sourire.
— Alors ça veut peut-être dire quelque chose sur toi. C’est toi qui as voulu venir ici, pas moi. Et maintenant tu as vu… assez de fesses et de nichons pour tenir jusqu’à la fin de tes jours.
— En tout cas, c’est bien plus vivant que les bars du campus ! dit-il, les yeux toujours à l’affût. »
— Je pense que je devrais pouvoir m’y faire, merci, répondit-il en se fendant d’un large sourire.
— Alors ça veut peut-être dire quelque chose sur toi. C’est toi qui as voulu venir ici, pas moi. Et maintenant tu as vu… assez de fesses et de nichons pour tenir jusqu’à la fin de tes jours.
— En tout cas, c’est bien plus vivant que les bars du campus ! dit-il, les yeux toujours à l’affût. »
Emma avait la tête qui tournait à cause des vingt-quatre heures de trajet, du décalage horaire, d’une journée de choc culturel dans une ville chaude et humide, sans parler du bruit assourdissant dans ce bar à gogo.
Après avoir été conduit avec empressement à l’intérieur par des rabatteurs postés devant l’entrée, une serveuse habillée en écolière leur avait apporté des bières fraîches et une note salée. À la grande honte d’Emma, Ben refusa de laisser passer ça.
Après avoir été conduit avec empressement à l’intérieur par des rabatteurs postés devant l’entrée, une serveuse habillée en écolière leur avait apporté des bières fraîches et une note salée. À la grande honte d’Emma, Ben refusa de laisser passer ça.
« Les rabatteurs nous ont dit que l’entrée était gratuite… pas étonnant avec des bières à un prix pareil ! cria-t-il à la jeune femme. Quelle arnaque ! »
Visiblement blessée, elle prit l’argent et partit sans un mot d’un air dédaigneux.
Visiblement blessée, elle prit l’argent et partit sans un mot d’un air dédaigneux.
« Arnaque ou pas, Ben, c’est toujours moins cher que chez nous dans tes pubs pour snobinards. Et tu as plein de choses à regarder bouche bée ! dit Emma en le fixant d’un regard furibond et dégoûté.
— Calme-toi Emma, tout le monde vient voir ça. Ne le prends pas si sérieusement.
— Pas sérieusement ? Ces femmes se vendent ! rétorqua-t-elle.
— Elles ne m’ont pas l’air malheureuses… Elles ont choisi d’être danseuses.
— Tu délires ! Personne ne fait ça à moins d’y être obligé. Et je vais te dire Ben, j’y crois pas d’être ici ! dit-elle mal à l’aise et changeant de position sur son siège.
— Eh là ! Je ne t’ai pas forcée tout de même ? dit Ben.
— Bien sûr que si ! Tu m’as forcée à venir avec toi en Thaïlande, et maintenant tu m’entraînes dans cet endroit horrible ! »
Elle le foudroya du regard.
— Calme-toi Emma, tout le monde vient voir ça. Ne le prends pas si sérieusement.
— Pas sérieusement ? Ces femmes se vendent ! rétorqua-t-elle.
— Elles ne m’ont pas l’air malheureuses… Elles ont choisi d’être danseuses.
— Tu délires ! Personne ne fait ça à moins d’y être obligé. Et je vais te dire Ben, j’y crois pas d’être ici ! dit-elle mal à l’aise et changeant de position sur son siège.
— Eh là ! Je ne t’ai pas forcée tout de même ? dit Ben.
— Bien sûr que si ! Tu m’as forcée à venir avec toi en Thaïlande, et maintenant tu m’entraînes dans cet endroit horrible ! »
Elle le foudroya du regard.
À suivre …
Copyright © Andrew Hicks 2004
Copyright © Éditions GOPE, décembre 2010, pour la version française
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